Une fête censée faire oublier

Une fête censée faire oublier - Travis Tate

Pour fêter mes 40 ans, je réunissais quelques-uns de mes meilleurs amis, ainsi que mes anciens camarades d’université. Pour dire vrai, ce n’était pas véritablement mon idée. J’avais une jeune sœur qui avait besoin de faire la fête presque tout le temps, et qui pour se donner une bonne raison d’en faire une de plus, organisait celle-ci avec, évidemment, mon argent. Elle m’avait tarabusté pendant plus de deux mois, en prétextant qu’il fallait absolument passer le cap avec enthousiasme. Elle avait tout organisé de façon à recevoir plus de 100 personnes, alors que seulement 20 étaient censés venir. Je comprenais, le jour de la fête, quand je voyais les têtes de ses amis répartis dans tout mon jardin, que l’organisation n’avait jamais été calculée pour mon plaisir. Cependant, mes amis étaient là, et j’avais au moins cette consolation. Nous avions tous plus ou moins grossi est un peu vieilli. Tout le monde y allait de son anecdote pour souligner ce fait. Même une de mes amies qui me montrait ses taches sur la peau pour souligner sa pente vers la vieillesse. On n’en était presque à choisir un hospice de vieillards lorsque ma sœur venait nous rappeler que c’était jour de fête, et non pas jours de pleurs.

Il y avait une différence d’âge de 15 ans entre ma sœur et moi. Il y avait donc deux catégories d’invités sur ma pelouse ce soir-là. Entre les railleries des plus jeunes lorsque l’on mettait une chanson de notre époque et les plus vieux qui rouspétaient pour le bruit que faisait celle des plus jeunes, le reste pouvait ressembler à des rires. Il y avait un bon mélange générationnel qui faisait que cette fête avait tendance à être très vive. Ma sœur savait y faire. Je lui conseillais même de créer une société d’animation de fête comme projets d’avenir. Je la regardais draguer un de mes anciens amis à qui elle devait raconter certaines choses très intimes sur ma personne. Je surprenais même mon amie aux taches brunes, aller se cacher derrière un buisson avec un jeune pour faire ce que la nature, ne connaît qu’en très peu de cas, une frontière. En définitive, tout le monde s’était bien amusé, sauf peut-être moi. J’avais tout d’un coup, l’impression que le passage de ce cap devenait lourd.  Une sorte de calcul se dessinait dans ma tête, comme si mon esprit dressait le bilan de toutes mes années antérieures. Je commençais à avoir le cafard.